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Voici la traduction d’un article américain à propos de la ressortie actuelle aux USA.
Ce film français des années 80, disponible en version restaurée, reste toujours d’actualité.
Diva, le classique de Jean-Jacques Beineix, vient de ressortir dans une version 35mm restaurée ; c’est un des meilleurs films existants traitant de l’art, ainsi que l’un des plus visuellement aboutis. Cette œuvre fonctionne également comme thriller non sentimenal, ce qui est un grand plus.
Le scénario —le danger du piratage de musique— est ironiquement plus d’actualité de nos jours, qu’au moment où Diva est sorti, en 1981-82.
A l’époque de la sortie du film, le cinéma français sortait enfin de sa grande —mais datée— période Nouvelle Vague, et commençait à intégrer les nouveautés et les expérimentations de ce qui se faisait dans le reste du monde. Cela incluait non seulement la violence des films américains mais aussi les sensibilités punk des Britanniques, ou les concept du monde de l’art contemporain international. De nos jours, ce film se pose comme le chaînon manquant entre Pulp Fiction et les films de gangsters des années 60, des œuvres très stylisées comme Le Samourai, que Tarantino appréciait.
Beineix n’en était qu’à son second film mais, à l’âge de 35 ans, il avait déjà passé dix ans comme assistant-réalisateur. Diva fut un succès —je me souviens avoir tenté de me faufiler à travers les files bondées lors de la projection presse qui avait lieu downtown, à The Movies— et sa réalisation surrélaiste, très à la mode et baignée dans des lumières-néon ressemblait autant à la réalité qu’à une installation d’art contemporain. En le regardant maintenant, on peut y déceler clairement l’influence de l’artiste Dan Flavin (un plasticien américain travaillant avec des néons) dans la mise en scène et l’éclairage.
Par moments, le chef opérateur Philippe Rousselot (qui remporté un Oscar en 1992 pour Et au milieu coule une rivière) filme des plans qui irradient comme de gigantesques tirages photographiques —par exemple une Citroën Sedan jaune garée devant un phare, parfaitement centrée dans l’image,
Et bien que ce soit un film français, la star y est l’incroyable chanteuse d’opéra américaine Wilhelmenia Wiggins Fernandez, dont l’interprétation inspirée de l’aria tiré de “La Wally” d’Alfredo Catalani incarne l’âme de Diva. Le fait que Fernandez, qui a toujours vécu retranchée, devienne avec les années encore plus mystérieuse que son personnage dans Diva ajoute à l’aura du film.
Basé sur un roman de Daniel Odier, Diva débute avec l’apparition d’un jeune postier français, Jules (incarné par Frederic Andrei), encore en uniforme quand il se presse vers l’opéra pour y écouter Cynthia Hawkins (Fernandez) chanter. Diva affirme son originalité dès le décor de l’opéra : les murs y sont loqueteux, les peintures abîmées, comme si le lieu venait d’être découvert par des archéologues.
Cynthia ne chante qu’en public, persuadée que le procédé d’enregistrement rend artificiel ce qui est “réel” — ici, la voix humaine chantant. Cette idée est le fil directeur du film lui-même, artificiel de par sa nature, ce qui donne un côté intellectuellement conceptuel à Diva.
Jules possède un enregistreur à bande dans sa valise, et enregistre en secret les concerts de la chanteuse, afin de les réécouter à la maison. Admirant Cynthia, il la traque dans les coulisses ou jusque dans sa chambre d’hôtel. Mais c’est un rêveur, pas un fou dangereux. Leur relation naissante —qui évolue en parallèle de la garde-robe— devient un des fils narratifs de l’histoire.
Mais il y a autre chose. Tandis que Jules continue à faire ses livraisons en scooter, deux gangsters spécialisés dans la prostitution qui roulent des mécaniques poursuiuvent une femme et la tuent dans une rue passante. Elle arrive à glisser une cassette dans le panier de la bicyclette de Jules, qui dévoile qu’un policier collabore avec les maquereaux. Les deux voyous veulent retrouver la preuve afin de sauver leur contact policier. Parallèlement, des escrocs Taïwanais spécialisés dans les disques pirates apprenent que Jules possède des enregistrements de Cynthia et veulent les récupérer.
Entrent en scène de nouveaux personnages, qui viendront troubler la tranquillité de Jules : une punkette vietnamienne très sexy (Thuy Ann Luu), qui passe son temps à faire du roller dans un grand loft, tandis qu’un vieux hippie existentialiste (Richard Bohringer) médite par terre, devant des pièces de puzzle. Ce dernier prend Jules sous son aile protectrice, apparaissant de manière quasi-magique lorsque le postier en a le plus besoin.
Beineix arrive à relier avec maestria touts ces éléments à la fin, sans pour autant bâcler la narration et sans laisser les artifices du film affecter la tension omniprésnte. Seul bémol : le jeu des gangsters peut paraître comme un peu trop cliché à notre époque.
La rencontre finale entre Jules et Cynthia possède une véritable et excellente qualité opératique. C’est un grand plaisir que de voir Diva revenir sur les écrans, un film toujours aussi beau et intéressant, qui reste à la mode.
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